Il y a 45 ans...
La Révolution des Œillets

Il y a 45 ans...
La Révolution des Œillets

april 24th, 2019

La révolution des Œillets a eu lieu le 25 avril 1974 , un tournant dans l’Histoire du Portugal.
Après presque cinq décennies, le pays a finalement été libéré de la plus longue dictature en Europe à cette époque. Après les commémorations du 210e anniversaire du Ponte das Barcas , en mars de cette année, il est temps de rappeler ce qui s’est passé il y a 45 ans…

Avant la dictature

Bien que le Portugal eut sa première République établie le 5 octobre 1910, le pays était très instable. Il a donc fallut longtemps pour que le Portugal devienne une véritable démocratie. Avant 1926, le Portugal devait faire face à de nombreux problèmes. Les monarchistes étaient en effet opposés à la République et l’Europe traversait une crise économique. Les classes ouvrières les plus pauvres étaient très malheureuses car le tumulte social était constant et les républicains ne semblaient pas trouver le moyen de remédier à ces multiples problèmes.
De plus, comme la première République portugaise était laïque, les catholiques ont perdu beaucoup de privilèges, qu’ils essayaient donc de récupérer. Les banques et la grande industrie ont tenté de créer un sentiment de tranquillité sociale, mais rien ne s’est amélioré.

Fin de la Première République

Le 28 mai 1926, et dans le but de mettre fin à cette agitation, la Droite militaire organisa un coup d’État contre le gouvernement actuel, en imposant ce qui allait devenir le plus long pouvoir dictatorial Européen. Très rapidement, tout le travail accompli pendant les 16 années de la première République portugaise, fut ruiné par la répression et la régression politique. L’Église catholique a en outre joué un rôle complice dans ces changements. C’était la deuxième République du Portugal ou, au mieux, la dictature nationale . Suivra alors la suppression de toutes les libertés et des droits fondamentaux.  Jusqu’en 1933, la dictature militaire et son leader Mendes Cabeçadas dirigeront le pays sans créer de nouvelle structure étatique.

António de Oliveira Salazar

Qui est Salazar?

Ce jeune Professeur en Économie à l’université de CoimbraAntónio de Oliveira Salazar, venait d’un milieu rural et conservateur. À son 39ème anniversaire (1928), il devint Ministre des Finances mais, démissionna de ce poste seulement 4 jours plus tard, ne pouvant travailler comme il le désirait. Effectivement, un Ministre des Finances ne disposaient pas des pleins pouvoirs… Cependant, et afin d’échapper à la faillite du Portugal, le gouvernement n’eut pas de meilleure solution que demander de l’aide à la Société des Nations. Cette période profita à Salazar et deux ans plus tard, en 1928 , Oscar Carmona le nomma à nouveau Ministre des Finances. Salazar acceptera sous une condition: « Aucun escudo ne devra être dépensé sans son accord ».

Ses restrictions économiques ont porté leurs fruits et un an après, Salazar réussit à faire ce que personne n’avait fait jusque-là: Rétablir l’équilibre fiscal et stabiliser la monnaie.

Le 100ème Premier Ministre du Portugal

Le 25 juin 1932, Óscar Carmona, Président de la République, le désigna comme le 100ème Premier Ministre du Portugal. Salazar renforça alors le régime autoritaire et créa l’ Union Nationale , l’unique parti politique du pays.

En 1933, il fit adopter une nouvelle Constitution qui lui donna les pleins pouvoirs. En bref, il avait le Contrôle total de l’État en tant que Président du Conseil. Ce fut la naissance de l’Estado Novo (Nouvel État).

António de Oliveira Salazar (n°3 à gauche) et ses ministres  prêtèrent serment devant le Président Carmona le 5 juillet 1932.

"Estado Novo"

L’Estado Novo est un régime conservateur, nationaliste, catholique et autoritaire. Bien qu’il soit anticommuniste, il ne prétend pas être un État fasciste. Dans la même année fut créée la Policía de Vigilância e de Defesa do Estado , PVDE ( « Police de vigilance et défense de l’État »). Son objectif principal était de sécuriser le régime . Pourtant, elle fut chargée de réprimer les opposants au régime au sein du pays, mais aussi dans les colonies, et de faire appliquer la censure. En 1945, le nom changea en PIDE, « Polícia Internacional e de Defesa do Estado »  («Police internationale et de défense de l’État»).

En outre, dans le centre de détention de Caxias, près de Lisbonne, et dans la prison de Tarrafal, sur les îles du Cap-Vert, les prisonniers politiques y étaient détenus et torturés. Le rôle des «bufos», espions fondus dans la population, était de notamment dénoncer les opposants au régime portugais.

La Guerre Espagnole

Pendant la Guerre civile espagnole, il soutint le régime de Franco dans sa lutte contre les républicains. Son soutien fut déterminant dans la victoire du dictateur espagnol en 1939. Suite à cela, un Traité de non-agression et d’amitié fut signé entre le Portugal et l’Espagne. Après la défaite française face à l’Allemagne en 1940, un protocole s’ajouta au Traité, devenant le pacte ibérique. Ce pacte a joué un rôle majeur dans la neutralité de l’Espagne franquiste dans l’Europe hitlérienne.

La neutralité pendant la Seconde Guerre mondiale

Bien que la première République du Portugal ait participé à la Première Guerre mondiale, il en fut autrement pour la Seconde. En effet, Salazar a préféré prôner la neutralité. Le dictateur portugais voulait préserver son alliance avec le Royaume-Uni. D’autre part, il restait très méfiant envers l’Allemagne hitlérienne. L’annexion du Portugal dans l’Europe hitlérienne était prévue, dû principalement à son grand intérêt pour le Portugal et ses colonies.
Cependant, Salazar maintenait toujours une relation commerciale avec les forces de l’Axe, et donc vendait des métaux rares au régime nazi.
Paradoxalement, les Açores devinrent une base militaire ouverte aux Alliés pour surveiller l’Atlantique et lutter contre les sous-marins allemands.
Le Portugal devint en 1949 un ancien membre de l’OTAN, grâce à son rôle géostratégique des colonies portugaises et aux idées anticommunistes de Salazar .

La fin de Salazar

La crise politique de 1958 lors de l’élection présidentielle, pousse Salazar à introduire de nouveaux amendements. Cependant, rien ne changea.

La dictature portugaise s’affaiblit lorsque Salazar a souffert d’une hémorragie intracrânienne. Le rôle de Premier ministre est alors transmis à Marcelo Caetano. Comme Salazar fut nommé à vie «président du Conseil», personne ne lui dira jamais son expulsion. Il continuera à croire qu’il gouverne toujours le pays jusqu’à sa mort le 27 juillet 1970.

Joaquim Coelho, auteur de  Espaço Etéreo , une compilation de textes et d’images de personnes impliquées dans la guerre.

Les Colonies Portugaises

Alors que l’Europe décolonisait l’Afrique, Salazar continuait à vanter sa politique colonialiste. Pendant des années, la moitié du budget du Portugal fut dépensée en guerres coloniales au Mozambique, en Angola et en Guinée-Bissau.

Marcelo Caetano semblait plus libéral, et le peuple espérait des jours meilleurs. Malheureusement, non seulement il n’a pas été en mesure de résoudre la situation mais aussi, la durée du service militaire obligatoire resta inchangée (entre 2 et 4 ans): 55 000 soldats présents sur le sol angolais, 60 000 au Mozambique et 27 000 en Guinée portugaise.

Beaucoup de soldats ont préféré quitter le pays et s’exiler dans d’autres pays européens plutôt que de se battre pour leur indépendance dans les différentes colonies africaines. Le Portugal était pauvre, en guerre et surtout, ne montrait aucun signe d’avenir prometteur pour le peuple.

Mon grand-père a d’ailleurs participé à la guerre coloniale angolaise, et après trois ans de bons et loyaux services, comme beaucoup d’autres, il a quitté le Portugal avec ma grand-mère et leurs enfants (dont mon père) pour aller en France et échapper à jamais de ce régime. C’est la raison pour laquelle je suis français!

Street Art à Lisbonne, la Révolution des Œillets © Jeanne Menjoulet / Flickr

La Révolution des Œillets

Quelques années avant la Révolution, António de Spínola, gouverneur et commandant en Guinée, tenta de convaincre Caetano de trouver une solution politique aux guerres coloniales. Au fil du temps, de plus en plus de personnes sont tuées, et les soldats devinrent très faibles. Caetano refusa.
Peu de temps après, le MFA (Mouvement des forces armées) fut créé avec des officiers opposés au régime actuel. Ils créèrent le programme des 3D: Démocratiser, Décoloniser et Développer.
Après un premier échec de coup d’État, le MFA se réorganise.

Otelo Saraiva de Carvalho et un groupe de militaires occupèrent la caserne de Pontinha le 24 avril 1974.

Peu après minuit le 25 avril 1974, une chanson passa à la radio: “E Depois do adeus”. C’était le signal pour que le MFA puisse opérer son coup d’État sans que le gouvernement ne s’en aperçoive. Lorsque toutes les forces furent en place à Lisbonne et autour de la caserne Carmo (siège du gouvernement),  le coup d’État se transforma rapidement en révolution. Tous les habitants vinrent dans les rues du Portugal pour soutenir les opérations militaires. La Radio Renascença joua «Grândola Vila Morena» de Zeca Afonso, une chanson interdite du régime qui marqua clairement le début de la révolution.

Le gouvernement de Caetano n’eut d’autre choix que d’abandonner, puis de s’exiler à Madère, puis au Brésil. En conclusion, la dictature prit fin!

Mais il reste une question: qu’est – ce que les œillets ont à voir avec la révolution?

Pourquoi l'appellation "Révolution des Œillets"?

Dans une rue de Lisbonne, un restaurant devait ouvrir ses portes pour célébrer son premier anniversaire, le 25 avril 1974. Pour cette journée, le propriétaire décida d’offrir un œillet aux dames qui visiteraient son restaurant et un vin de Porto aux messieurs. Cependant, en raison de la situation dans le pays, le propriétaire a gardé le restaurant fermé. Il donna les fleurs aux employés. L’un d’eux s’appelait Céleste Caeiro. Elle explique dans lepetitjournal.com: 

« Quand je suis arrivée devant la papeterie, avenue de la Liberté, j’ai vu les troupes, les autres collègues ont décidé de rentrer à la maison, moi je suis allée à l’encontre des troupes massées là, afin de leur demander d’où ils venaient. Ils m’ont répondu qu’ils étaient de Santarém, et qu’ils étaient là depuis l’aube. Je leur ai alors demandé s’ils avaient besoin de quelque chose. Ne possédant rien, ni boisson, ni cigarettes, je me suis résolue à leur offrir la seule chose que je possédais, c’est à dire mes œillets ».
Les militaires ont simplement placé la fleur dans leurs fusils et ainsi ont prouvé leur pacifisme. Les œillets rouges sont devenus le symbole de la révolution, en tant que symbole de paix, bien que malheureusement, 4 personnes civiles furent tuées par la PIDE, en essayant de garder le pouvoir en place.

Célébration de cette année - 45ème anniversaire

Ce jour est devenu la Journée de la liberté au Portugal, et chaque année le 25 Avril, le pays tout entier se remémore ensemble. Toutes sortes d’événements sont créés spécialement pour ce jour. Et cette année encore, Porto en fera également partie!

À Porto, vous pourrez profiter de concerts, de feux d’artifice, de jeux traditionnels, d’un hommage aux résistants antifascistes et du traditionnel défilé pour la liberté.

Une excellente façon de profiter des commémorations, TOUS les événements sont gratuits! Les commémorations sont organisées par la mairie de Porto et le comité de promotion des commémorations populaires du 25 avril à Porto, impliquant plusieurs associations de la ville.

Programme détaillé

Programme du 24 avril

  • 22h: Concert de Kumpania Algazarra – Avenida dos Aliados
  • Performance de la « Coral da Faculdade of Letras da Universidade do Porto» – Avenida dos Aliados
  • 00h00: Feux d’artifice – Avenida dos Aliados
  • 00h20: Concert de Piruka – Avenida dos Aliados

Programme du 25 avril

  • 10h: Jeux traditionnels pour les jeunes enfants –  Praça de D. João I.
  • 14h: Hommage aux résistants antifascistes – Musée militaire de Porto
  • 14h30: Défilé de la liberté – De Largode Soares dos Reis jusqu’à Avenida dos Aliados
  • 15h30: Musique traditionnelle Chulada da Ponte Velha – Avenida dos Aliados
  • 16h00: Musique traditionnelle Ronda dos Quatro Caminhos – Avenida dos Aliados

Cet article a 2 commentaires

  1. Merci pour ce condensé clair et précis sur les événements qui ont changé la face du Portugal…

  2. Bonsoir Antonio, Merci pour votre retour et ravi que notre article vous plaise ! Nous ne manquerons pas d’en écrire de nouveaux dans le futur pour partager avec vous, l’histoire de ce beau pays qu’est le Portugal ! 🙂

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